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Femmes et artistes du corps !

Yacouba Sangaré, 11 août 2006


Sourire fondant, un tantinet timide, elles ne parlent presque pas. Elles s’expriment plutôt avec leurs mains. Elles ? Ce sont ces femmes esthètes du corps. Leur spécialité : parer d’autres femmes de motifs gais et chatoyants. C’est une vieille tradition chez les Malinkés (peuples du nord de la Côte-d’Ivoire). À la veille de réjouissances (mariages, baptêmes, fêtes musulmanes), les femmes se doivent d’être belles pour leur honneur et celui de leur famille. À tout prix ! Les vêtements traditionnels, pour l’essentiel des ensembles en pagnes ou des caftans en bazin scintillant, et les bijoux, même de valeur, ne suffisent pas. Il faut aussi « cirer » le corps et le rendre « kpata » (c’est-à-dire irrésistible). Moyennant 1 ou 2 euros, ces artistes du corps « habillent » de henné les mains, les pieds, voire le cou de jolis dessins, pour la plupart agréables à voir et qui frappent toujours les regards. Ces « tatoueuses », comme on les appelle souvent, alors qu’elles ne font vraiment pas du tatouage (parce que leurs dessins, s’effacent, eux), ont aujourd’hui pignon sur rue à Abidjan. D’ordinaire ambulantes, elles se sédentarisent maintenant en certains endroits comme les marchés, notamment celui de « Belleville », dans le quartier populaire de Treichville, au sud de la ville. Elles constituent même un phénomène de mode qui passionne désormais, en plus des femmes du Nord, leurs sœurs des autres régions du pays. On ne se « sculpte » plus le corps uniquement pour les fêtes, mais pour être « kpata » tout le temps. Histoire d’être séduisantes et surtout de faire tilt, chez les hommes. De l’art au quotidien, tout simplement.





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