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Le phénomène Douk Saga

Yacouba Sangaré, 10 novembre 2006


Une première. Je n’avais encore pas vu, en Côte d’Ivoire, une telle mobilisation pour un artiste qui vient de tirer sa révérence. Pendant trois jours, tout le pays (notamment plusieurs centaines de milliers d’Abidjanais) s’est levé pour saluer la mémoire de Douk Saga, chanteur et créateur du « coupé décalé », un rythme urbain qui fait rage dans beaucoup de capitales africaines. Du simple citoyen au chef de l’État en passant par des ministres du gouvernement ou encore des responsables de partis politiques, chacun, à sa manière, a rendu hommage à cet artiste qui forçait l’admiration par ses pitreries. Pourtant, personne n’avait vraiment pris au sérieux ce jeune de 32 ans lorsqu’il avait surgi un jour de 2003 avec un concept insolite, le « travaillement », qui consiste à jeter des billets de banques sur son passage à ses admirateurs. Si la trouvaille irrite certains, elle remporte aussi un grand succès. Et à chaque déplacement de ce dandy, c’est l’hystérie. Il est devenu un phénomène. Pour soutenir son idée, il l’habille d’un courant musical : le coupé décalé qui, selon lui, exhorte les jeunes au travail mais surtout à aller chercher fortune en Europe. Très vite, sa popularité franchit les frontières du pays. Douk Saga se proclame « héros national » parce qu’il a « apporté la joie aux Ivoiriens alors qu’ils étaient terrifiés par les coups de canon ». Et ce mérite, beaucoup de personnes le lui reconnaissent. Même s’ils n’approuvent pas sa façon de balancer des billets dont la provenance reste douteuse. C’est peut-être pour ça que la population est sortie massivement pour l’accompagner jusqu’à sa dernière demeure. J’espère que dans ce pays coupé en deux et déchiré par une guerre civile, après s’être donné la main pour enterrer Douk Saga, on a va « couper » pour décaler enfin dans la paix !





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